08.07.2009

… Ou encore, la modeste effigie / d’un Christ qui pendait d’une ficelle / sur le torse que j’effleurais de la main.

 

rainer christ 1982-84.jpg

 

Le titre de ce post est tiré d’un poème de jeunesse de Pasolini. Je l’avais appris par cœur autrefois, pour un garçon portugais aimé qui portait une croix autour du cou.

 

Je ne renonce pas à la joie qui dissout
trop facilement, dans le secret
de mes manœuvres les plus intimes,
la glace des sueurs et des épreuves
manquées… Ce jeu m'est habituel:
je ne change pas la joie pour le remords!

Et pourtant je sens des obstacles, pieuvres
qui m'étreignent… Est-ce Lui? Rien de divin
dans Son renfort, non: pur jeu
que dans le mien je découvre,
comme feu dans le feu, discours dans le discours.
Parfait est Son plan, aérien.

Je ne pense qu'à Lui et n'invoque
certes pas Sa présence! et voici qu'à l'improviste
apparaissent Ses anges étrangers.
froidement, dans ma vie, pour briser
mes fils tendus, embrouiller les autres:
saine et sauve, inconsciente, rit ma proie…

(Ce jour-là, Son ange fut un sérieux,
tranquille paysan qui ME VIT,
une autre fois ce fut un rapide ouragan
qui me bloqua dans ma chambre, LOIN…
Ou encore, la modeste effigie
d'un Christ qui pendait d'une ficelle
sur le torse que j'effleurais de la main.)

Sans doute, je suis trop agnostique pour me sentir concerné par la totalité de ce poème. Mais l’évocation des trois derniers vers me touche très fort. Surtout que, parmi les quelques garçons dont j’ai pu, ici, “effleurer le torse” (et, honnêtement, un peu plus que ça), plusieurs (dont T***, le dernier en date) portaient eux aussi une croix ou un rosaire autour du cou. 

 

En fait, je me rends compte que ces crucifix ou ces chapelets sur un torse désiré tenaient une place importante dans mon érotique personnelle. Pas un fétichisme, non. Mais quelque chose qui “compte”. (C’est même quelque chose qui attire très fort mon attention sur le corps, même “photographique”, d’un garçon nu : mon œil est tout de suite attiré ici par ce chapelet, ici par la grosse croix pectorale, par cette autre, autre plus discrète…)

 

Ce n’est pas du tout une question de “préférence religieuse”: qu’un amant soit ou non chrétien ne m’importe pas. Encore moins un goût du “blasphème”, du “sacrilège”, de la “profanation”: comme Renaud Camus, je laisse bien volontiers Georges Bataille aux “hétéro-torturés”, surtout que je crois dans l’innocence du désir.

 

Ce que j’aime, alors, dans ces croix et ces rosaires sur un torse désiré ? Je ne sais pas vraiment. Peut-être justement que ces symboles indiquent que ces garçons croient eux aussi que le désir (même d’un garçon pour un autre garçon) est innocent, c’est-à-dire: qu’il n’est pas incompatible avec ce qui est pour eux le symbole du bien moral. Peut-être aussi que ces objets me montrent qu’on est là dans un univers culturel qui n’a pas été marqué par le puritanisme (par le protestantisme?), par cette espèce d’opposition entre les aspirations de “l’âme” et les désirs de la “chair”.

 

Et peut-être encore, derrière cela, par autre chose. Pour quelqu’un qui vient d’une société à l’origine chrétienne mais totalement laïcisée, il y a comme un “exotisme” dans la religiosité portugaise ou proche-orientale. Mais cet “exotisme”, je le perçois d’abord comme une poésie. Celle de civilisations, de temps et de lieux qui me font rêver. Ce que je vois aussi dans ces croix, c’est la fenêtre manuéline du couvent de Tomar ou les fresques byzantines de San Vitale à Ravenne.

 

 

(Illustration: Arnulf Rainer, Christ, 1984.)

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